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Les femmes dans les coulisses du bâtiment : PRISCILLA GUILLES

Priscilla Guilles - peintre« On voit quand même que le milieu du bâtiment se féminise. »

J’ai rencontré PRISCILLA GUILLES sur un chantier de maison d’architecte pendant la pause déjeuner. Elle est peintre qualifiée et travaille depuis un peu plus de trois ans dans l’entreprise de peinture et de décoration SONDENECKER SAS. Cette année, elle prépare le concours des Meilleurs Ouvriers de France dont les qualifications, qui durent trois jours, auront lieu cet octobre.

SONDENECKER SAS est une entreprise partenaire de Duo Architecture, spécialisée dans la peinture et la décoration extérieure et intérieure, l’enduit à la chaux et la pose de papier peint et de revêtements.

L’attrait de Priscilla pour le métier de peintre remonte à son enfance : alors que sa mère refaisait la maison, elle l’aidait beaucoup. Un de ses voisins, peintre, dira « plus tard ta fille sera peintre », prophétie réalisée, puisque Priscilla a fait un BEP peinture, vitrerie, revêtement, mais surtout comme elle le dit très bien, elle a « une formation terrain ». Elle fait partie des premières femmes des Compagnons du Devoir du Tour de France.

Aujourd’hui, le métier de Priscilla consiste à peindre, tapisser, poser des revêtements ou de l’enduit, mais comme un de ses collègues l’explique en riant, ils sont très polyvalents, ce sont des « peintres en tout genre ». Mais c’est cette polyvalence qui a aussi attiré Priscilla, puisqu’il y a une réelle diversité en termes de travaux, de matériaux, de textures et de techniques.

Priscilla est réellement passionnée par son métier de peintre, elle me confie que pendant une période elle a fait un autre métier, mais elle est rapidement revenue à la peinture, parce que le chantier lui manquait trop. Elle s’épanouit totalement dans son métier et se lève le matin en ayant envie de travailler. Pour notre peintre, c’est « important d’avoir un métier qui nous plaît vraiment, sinon on perd son temps ». Surtout, ce qui lui plaît, c’est la diversité du travail et le fait de constamment rencontrer et travailler avec de nouvelles personnes. C’est un grand enrichissement, tant au niveau social que professionnel, puisque les façons de travailler diffèrent selon chacun.

En ce qui concerne le fait d’être une femme peintre, Priscilla estime que ce n’est vraiment pas un avantage d’être une femme dans son métier, surtout sur le plan physique. Par exemple, elle ne peut pas porter les mêmes charges qu’un homme et n’a pas la même endurance, même si cela tend à s’améliorer avec le temps. Ce qui lui semble très important, c’est de compenser les points faibles par les points forts, par exemple pallier le manque physique autrement, en étant soigneuse et rapide.

En plus, jusqu’il y a un certain temps, l’équipement n’était pas adapté aux femmes, par exemple les blancs de travail ou les chaussures de sécurité n’existaient qu’en modèle homme. Priscilla explique qu’elle avait des problèmes de jambes lourdes à cause de ça. Mais depuis quelques années, on remarque du changement de ce côté-là et les fabricants d’équipement proposent des modèles pour femme. « On voit quand même que le milieu du bâtiment se féminise. Il y a quelques années, les blancs de travail pour femmes ça n’existait pas et je flottais dans un blanc de travail pour homme ! »

À propos des chaussures de sécurité, notre peintre insiste sur le fait qu’il faut toujours en porter! Elle me raconte qu’un de ses collègues n’en avait pas et qu’il avait marché sur un clou planté dans une planche, ce qui lui a transpercé le pied. « J’ai pas fait la fière quand il a fallu enlever la planche… Sur le coup j’étais pas bien, mais après on en rigole! » Priscilla a d’autres anecdotes de blessures, comme le jour où un de ses collègues s’est coupé un bout de pouce et a demandé au médecin s’il pouvait « le ressouder ». Elle-même ne s’est jamais sérieusement blessée, à part quelques chutes d’escabeau.

Parfois, certains patrons ne veulent pas embaucher de femme, ce qui peut rendre la recherche d’emploi compliquée. Par exemple, Priscilla était la première femme à entrer chez Sondenecker SAS en tant que peintre et à faire changer d’opinion son patron, qui était plutôt réticent au départ. Elle reconnaît que ce n’était pas gagné d’avance, parce qu’il est plus compliqué pour une femme de faire ses preuves et de « montrer qu’on vaut autant qu’un homme » mais elle est contente d’avoir « ouvert la porte à quelques nanas ». Priscilla connaît quelques femmes peintres, mais elles restent encore assez peu nombreuses.

Être une femme a parfois aussi quelques avantages. Priscilla raconte qu’elle travaillait chez une femme seule et un peu méfiante, et qu’il était plus facile pour elle de communiquer que si ç’avait été un collègue masculin. Cela s’est très bien passé entre elles, elles mangeaient ensemble, prenaient le café. « Il y avait de la confiance, elle venait même m’ouvrir en peignoir, elle n’aurait pas fait ça si ça avait été un homme par exemple. »

La relation avec les personnes avec qui elle travaille est une composante essentielle pour Priscilla. Elle s’entend bien avec tous ses collègues et décrit une relation fraternelle entre les ouvriers d’une entreprise familiale et ouverte, avec un patron très gentil. « C’est la première fois que je reste aussi longtemps dans une entreprise! » Il y a des moments drôles tous les jours, elle assure qu’on ne s’ennuie jamais sur un chantier.

Ce qu’apporte notre peintre aux clients, c’est avant tout un savoir-faire, mais aussi de la bonne humeur et de l’écoute pour satisfaire les demandes. Il faut aussi concilier avec leur vie, cela demande un peu d’organisation de devoir travailler en ayant les clients à côté de soi, mais le plus important est de toujours garder le sourire!

Quand je demande à Priscilla quel est son meilleur souvenir dans l’entreprise, elle me dit qu’elle en a beaucoup, mais que le meilleur restait le jour où son patron l’a convoquée pour signer son CDI. Au départ, son patron ne voulait pas embaucher de femmes, mais elle a continué et insisté et il a accepté, mais l’a d’abord embauchée en intérim. Puis un jour, il lui a dit « venez dans mon bureau ce soir » et Priscilla a cru qu’elle avait fait une erreur et qu’il allait la licencier! « J’étais pas bien tout la journée, je me suis dit zut, quelqu’un a dit que j’ai fait une connerie sur un chantier ou quoi, je vais me faire virer. » Mais pas du tout, lorsqu’elle arrive dans son bureau, son patron utilise le célèbre adage « chose promise, chose due » et lui tend son CDI pour qu’elle le signe. « J’avais stressé toute la journée et là j’avais mon CDI, j’ai pleuré comme une madeleine! »

Priscilla n’a pas d’enfants, et sans, elle trouve que l’équilibre vie privée/vie professionnelle est déjà compliqué à gérer. Les horaires dans le métier de peintre sont variables, et il y a souvent des déplacements. De plus, notre peintre rencontre beaucoup de personnes différentes, elle est souvent la seule femme sur un chantier et part parfois en déplacement plusieurs jours avec des collègues, ce qui peut parfois susciter de la jalousie. Priscilla pense que cela doit être encore plus compliqué lorsqu’on a des enfants, puisqu’on doit tout concilier, surtout si le conjoint travaille beaucoup ou est peu impliqué dans la vie de famille. « Si j’avais des enfants je pense que je galérerais comme il faut! »

Quand je la questionne sur ses passions, Priscilla me répond : « Tout d’abord, mon métier. Ensuite les animaux! J’adore tout ce qui se rapporte aux animaux, si je pouvais je ferais un refuge! Et puis le cinéma, je suis une grande cinéphile. » Dans cette réponse, on sent sa passion pour son métier et elle le confirme encore une fois : « Si un jour je me lève le matin et je me dis que j’ai plus envie, alors j’arrêterai, mais là pas du tout! Et puis c’est une bonne boîte, je ne suis pas sûre de retrouver un boulot comme ça, avec des matériaux hauts de gamme, un patron gentil et humain qui connaît son métier sur le bout des doigts et une super ambiance avec les collègues. »